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Méthanisation agricole : tout comprendre

La méthanisation, c’est trop pourri. Et justement. C’est pour cela qu’on l’aime ! Car oui, c’est de “pourriture” qu’il s’agit. Si généralement on préfère évoquer poliment la “dégradation de matière organique”, c’est kiff-kiff, le phénomène est toujours le même : la méthanisation consiste à faire pourrir des choses, puis à récupérer le gaz (essentiellement du méthane) que ce processus libère. Ensuite, ce gaz, qu’on appelle aussi “biogaz”, peut être utilisé pour produire de l’électricité, de la chaleur… voir être injecté directement dans le réseau urbain pour alimenter nos chaudières. La méthanisation peut se pratiquer dans différents secteurs d’activités, mais c’est dans l’agriculture qu’elle est devenue très populaire. Nous allons voir comment certains éleveurs sont devenus producteurs d’énergie, et surtout, quel avenir pourrait avoir cette “double casquette” dans le monde paysan…

La méthanisation agricole : qu’est-ce que c’est ?

La méthanisation peut se pratiquer dans de nombreux domaines. Il suffit de trouver une matière organique, puis de la laisser agir…

Depuis des millénaires, les agriculteurs ont appris à transformer les déchets via la pratique du compostage. Et ça tombe bien, car la méthanisation fonctionne un peu de la même manière, mais dans un espace fermé, en absence d’oxygène… Pour des effets spectaculaires ! Voyons de plus prêt comment cela fonctionne.

La méthanisation agricole, un processus biologique

La méthanisation, c’est le nom d’une technologie, mais aussi du processus biologique et naturel que cette technologie facilite.

L’agriculteur, donc, commence par amasser de la matière organique : en général, des déjections animales, mais aussi du foin, de l’herbe coupée, des déchets alimentaires… Puis il met ce “compost” à l’intérieur du méthaniseur. Et c’est alors que la magie opère. En l’absence d’oxygène, des microbes un peu spéciaux se mettent en action : ce sont les anaérobies. Ces microbes vont digérer la matière organique, se multiplier, s’activer…

En conséquence, l’intérieur du méthaniseur chauffe : il atteint en moyenne 40° ! Cette chaleur, d’ailleurs, peut être récupérée pour chauffer les bâtiments alentours… Mais l’intérêt principal de la méthanisation n’est pas là.

Car au bout du procédé, qui dure quelques jours, l’agriculteur obtient deux sous produits très intéressants :

  • Le digestat, qui est un super engrais !

  • Le biogaz, qui contient en moyenne 55% de méthane et de 40% de dioxyde de carbone. Ce gaz, qui est une source d’énergie, peut être stocké puis vendu. Bref. Notre agriculteur a tout gagné.

Méthaniseur agricole : un appareil moderne et coûteux

Malgré tout, pour se lancer dans un tel projet, l’agriculteur devra faire quelques investissements… Car le méthaniseur agricole est une sacrée machine !

On estime que le prix d’une unité de méthanisation s’élève environ à 10 000 € voir 15 000 € pour chaque kW ; ainsi l’installation moyenne coûte 300 000 €. Il faut ensuite compter les coûts d’entretien annuel – entre 2% et 8% de l’investissement réalisé. On estime qu’un éleveur laitier possédant 150 vaches peut espérer rentabiliser son investissement après 15 ans.

Heureusement, les chambres d’agriculture soutiennent ce genre de projets et peuvent apporter des aides substantielles.

Unité méthanisation agricole

Une unité de méthanisation : voilà à quoi cela ressemble.

La méthanisation agricole : une source d’énergie crédible pour l’avenir ?

La méthanisation présente donc de nombreux avantages. D’abord, elle permet de traiter les déchets agricoles et de les transformer, soit en engrais biologique, soit en biogaz. Ensuite, le processus de méthanisation est lui-même un processus écologique, puisqu’il ne génère aucune pollution atmosphérique. Enfin, le biogaz est une source d’énergie renouvelable : tant que les champs seront fertiles, et tant que les troupeaux fouleront les prés, nous pourrons produire du biogaz, à l’infini ! C’est plutôt une bonne nouvelle quand on sait que les énergies renouvelables sont meilleures pour le climat, mais aussi, toujours plus favorables à la biodiversité que les énergies fossiles.

Mais alors, la méthanisation serait-elle l’énergie du futur ?

Le poids de la méthanisation agricole dans le mix énergétique

La France a promis d’atteindre la neutralité carbone en 2050, et d’abandonner le gaz “ordinaire” à la même échéance. Mais nous en sommes encore loin !

Selon l’ADEME, en 2020, le biogaz représente une toute petite part du mix énergétique français. On recense environ 710 unités de méthanisation sur le territoire. En moyenne, chacune traite 15 000 tonnes de déchets par an, ce qui permet de chauffer l’équivalent de 500 foyers, ou d’alimenter 60 bus urbains. L’ADEME espère également que d’ici 2030, la quantité de biogaz injectée dans le réseau représentera 10% de la consommation nationale de gaz…  Il reste donc du chemin à parcourir !

La méthanisation : une pierre sur l’édifice « agriénergétique »

Vous connaissez l’agriénergie – ou agrinérgie ? Ce concept consiste à développer les symbioses qui peuvent exister entre la production agricole et la production d’énergie.

Et dans ce domaine, la méthanisation agricole n’est qu’un exemple parmi d’autres.

On peut aussi penser à l'agrivoltaïsme : certains agriculteurs, par exemple, font pousser des cultures (comme des arbres fruitiers) sous des panneaux photovoltaïques. Ainsi, les fruits fragiles sont protégés des intempéries violentes et des insolations, tandis que chaque rayon de soleil sera rentabilisé, car revendu sous forme d’électricité.

Bref. Une façon de produire, sur une même parcelle, de l’alimentation bio et de l’électricité écologique. Ce type de projet expérimental est notamment soutenu par Akuo Energy, et par des fournisseurs d’énergie verte comme Octopus Energy.

Au-delà de l’agriculture : la méthanisation peut-elle se développer ?

Certes, les méthaniseurs agricoles sont encore assez rares. Pour autant, la méthanisation reste une pratique d’avenir, car elle peut se décliner dans plusieurs domaines.

Par exemple, elle peut servir à traiter les eaux usées, les boues d’épuration, les déchets verts (restes alimentaires, déchets issus du jardinage), les biodéchets industriels, et cetera. Chaque fois, l’idée reste la même : faire se décomposer les matières organiques, puis capter le méthane, et s’en servir, plutôt que de le laisser regagner l’atmosphère… et contribuer au changement climatique !

Ainsi, dans différents domaines, la méthanisation apparaît comme une double solution : traitement des déchets, et production d’énergie verte. Elle est pas belle la vie ?

Finalement, la notion de “déchet” nous apparaît comme très relative.

Bovins et méthane

Nous avons appris à voir les déjections des bovins comme un problème – une source de méthane polluant l’atmosphère… Mais si nous apprenions à voir les choses autrement ?

Nos “déchets” sont peut-être simplement des impensés, les points aveugles de notre mode de vie – il suffit, peut-être, de voir ces déchets autrement pour en faire de l’or (vert)…

Benjamin

concepteur-rédacteur

Publié le 03 novembre 2020

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